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Par Maïté LASSIME,
Permanente téléphonique de l'Association Pour la Médiation Familiale (APMF - Paris)

Les parents viennent en médiation familiale spontanément ou envoyés par un Juge aux affaires familiales. Mais quel que soit le chemin emprunté, la plupart viennent « pour les enfants » nous disent-ils, nous désignant nous, médiateurs familiaux, comme ceux qui vont leur permettre de mettre un terme à leur guerre et, du même coup…, mettre leurs enfants à l’abri. Faute de pouvoir protéger leurs enfants de leurs conflits, ils nous demanderaient d’une certaine façon de le faire à leur place.

Mais le médiateur ne fait pas à la place de l’autre. Il ne peut que renvoyer les parents à leurs responsabilités, c’est-à-dire à leur capacité de dire, de se dire, de parler, pour qu’advienne la parole qui fera sens à un moment donné. Le médiateur est là pour que chacun existe en tant que sujet et c’est à ce titre que les parents pourront être à leur tour « pour les enfants ».
Écoutons une petite histoire :
Le passeport...

Une petite histoire… Ou comment les enfants parlent en médiation même s’ils n’y sont pas physiquement... Ou comment ils entendent ce qui se passe en médiation sans avoir à y être… Ou comment ils questionnent leurs parents là où ils devraient se questionner… Ou comment les parents savent les y inviter « à leur manière »…

Il était une fois un père et une mère que le juge avait invités à venir « se dire » en médiation familiale.

Ils viennent donc, acceptent la médiation, et le premier objet qui sort, c’est la demande du père à la mère de lui donner les papiers nécessaires pour faire faire un passeport à leur fils de cinq ans pour l’emmener en Martinique au mois d’août prochain. La mère résiste à cette demande. Ils reviennent plusieurs fois et chaque fois, la question du passeport ressurgit. Le passeport est là, au milieu. Le temps passe, les choses n’avancent guère. Et puis on ne parle plus du passeport. Jusqu’au dernier entretien où Madame raconte que la veille, alors que son fils rentrait de chez son père et qu’elle lui donnait son bain, son fils tout à coup lui demande :

« Alors maman, quand est-ce que tu vas donner le passeport à papa ? »

Madame est très en colère après Monsieur. Qu’a-t-il été raconter à son fils pendant le week-end alors qu’en médiation tous deux avaient pris l’engagement de laisser leur enfant en dehors de leurs conflits. Monsieur assure à Madame qu’il n’a rien dit, Madame ne le croît pas, la conversation s’envenime… Mais laissons les s’accuser et tournons-nous vers l’enfant.

Qu’a dit cet enfant ?

Bien sûr qu’il a entendu parler de ce passeport, des prochaines vacances, de la Martinique… Mais quand il pose la question ce jour-là, (et combien elle est perspicace puisque c’est le premier objet que ses parents apportent en médiation), cela fait déjà longtemps que ses parents viennent en médiation. Alors, si la question très pragmatique de l’enfant au sujet du passeport voulait tout simplement dire :

« Dis maman, où tu en es avec papa ? »

à suivre…

La médiation familiale est au cœur des conflits familiaux. Un débat s’ouvre sur la place des enfants dans la médiation familiale, sur les liens entre les secteurs de l’enfance et la médiation. Plusieurs médiateurs nous livrent ici leurs réflexions, leurs perspectives. Michèle Savourey, dans sa pratique professionnelle, explore les rapports entre la protection de l’enfance et la médiation. Elle en débusque les dangers en même temps qu’elle en reconnaît les complémentarités, à condition d’en circonscrire précisément les contours. Annie Rousseaux interroge, de sa place de médiatrice « parentale » - plutôt que « familiale » - le travail dans les services d’aide éducative en milieu ouvert (AEMO), les liens entre éducateurs et médiateurs, leurs spécificités et la place de l’enfant dans ces dispositifs. Bernard Cortot s’interroge pour sa part sur « quelques mythes fondateurs » qui sous-tendent la médiation familiale : la compétence des parents, la place de tiers du médiateur, la médiation comme processus de changement et la question du conflit qu’il préfère appeler « crise ». Olga Charlotte Auber nous livre ce mois-ci un poème sur les bonheurs et les malheurs d’être enfant, enfant du désir des parents. Anne Laure Petit-Jean réfléchit quant à elle à l’éthique et au langage, deux valeurs fondamentales dans la médiation familiale. Langage, parole, dialogue, échanges, communication, mises en mots, expression, autant de matériaux fondateurs de la médiation familiale qui permet au sujet d’advenir dans sa singularité et dans sa liberté. L’éthique comme posture singulière donne à voir avec l’expérience, la praxis, et questionne le professionnel dans sa responsabilité de médiateur.

Merci à tous ces auteurs de nous interroger sur ce qui fonde notre activité ! Les certitudes ne peuvent en effet tenir lieu de concept !...