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Par Pierre GRAND,
Médiateur familial; Ancien membre du Conseil National Consultatif de la Médiation Familiale (CNCMF); Ancien Président de l'Association Pour la Médiation Familiale (APMF)

Plus que jamais, l’urgence théorique de la médiation familiale s’impose. Après l’urgence pratique que de nombreux militants ont privilégié pendant plus de vingt années – pour des raisons bien compréhensibles – le concept semble devenir flou et vaporeux. Michèle GUILLAUME-HOFMUNG écrivait, il y a quelques années, que sous la pression de l’urgence pratique, nous étions témoins d’une grande négligence conceptuelle. Aujourd’hui, je constate notre responsabilité dans cette négligence, et ce, plus particulièrement dans la transmission des savoirs. Il n’est pas rare de constater que certains mémoires de médiateur familial, en vue de l’obtention du Diplôme d'État de médiateur familial, ne mentionnent pas, ou peu, d'ouvrages de réflexion sur la thématique de la médiation familiale.

Il est trop tard pour être pessimiste. Les acteurs de la médiation familiale sont prêts pour une réflexion. Aussi, Les ateliers inachevés – Revue du médiateur familial vont participer, comme d’autres ont pu le faire, à la recherche, vont contribuer, à l’aide de témoignages dans le champ de la médiation, et de la médiation familiale, à rendre lisible et compréhensif un concept dans toute sa « beauté ».

Dans ce numéro, ma sensibilité a été réveillée avec la question de l'être. L’accueil dans une rencontre que nous propose Yannick DENOUAL n’est pas seulement une attitude mais une disponibilité de chaque instant. Être sur la crête de la bonne distance ressemble à l’eumétrie: ni trop près, ni trop loin, avec cet art des relations fluides dans le détachement.

La question de l’enfant réveille des clivages. Cette parole, de bonne intention, est-elle à sa place, dans l’espace de médiation? La parole est une promesse, un acte qui engage, qui favorise la reconstruction des places de père et de mère. L’excès de la parole de l’enfant dans le processus de médiation familiale ne reflète-t-il pas une carence pratique? Edith GODIN pose la parentalité comme un processus de construction, Claire DENIS, médiatrice familiale, interroge sans relâche la question du sens sur cette parole à accueillir, défend une écologie du concept de compétence parentale. Geneviève MANUELIAN, médiatrice familiale, pense, quant à elle, que l’enjeu est ailleurs. Ces trois articles donnent à penser sur cette question de la parole de l’enfant. Ils contribuent au débat, et, avec humour, je dirais que qui pense comme tout le monde ne pense pas, encore!

Voilà, par ailleurs, une bonne réflexion sur le concept de la médiation familiale, sur les incontournables de la déontologie. Le groupe bien connu (Claire DENIS, Laurence CORNU, Émile RICARD, Bernard CORTOT) déjà promoteur du livret éthique (Pratique éthique de médiation familiale, APMF - Paris), nous invite à la recherche. L’urgence théorique, évoquée plus haut, prend tout son sens à la lecture de cette contribution collective.

« Les occasions perdues » : Bernard CORTOT, entre espoir et désenchantement, revisite les travaux du Conseil National Consultatif de la Médiation Familiale. Le grand mérite du Conseil est d’une part d’avoir positionné la médiation familiale « entendue dans sa diversité et dans son évolution » et d’autre part d’avoir réussi a écrire une définition qui articule concept et déontologie. Bernard CORTOT lance le débat sur l’inventaire des travaux du Conseil.